Articles : psychothérapie, relation, famille, travail, sens
20. mai 2026

Quand un enfant devient agressif…

Et si certaines tensions parlaient parfois moins d’un manque de cadre… que d’une difficulté à rester soi dans la relation ?

Il y a quelques années, une mère vient me consulter pour son fils Pierre, âgé d’environ neuf ans. L’école commence à s’inquiéter. La maîtresse décrit un enfant devenu plus agressif avec ses camarades, parfois violent dans la cour de récréation, plus impulsif qu’auparavant, comme si quelque chose s’était progressivement déplacé dans sa manière d’être avec les autres.

Sa mère est désemparée.

Comme beaucoup de parents que je rencontre, elle aime profondément son enfant. Cela se voit immédiatement. Elle cherche à comprendre, prend le temps de réfléchir avant de répondre, mesure ses mots, essaie sincèrement de bien faire. Il n’y a ni désengagement, ni indifférence, ni manque d’amour.

Et pourtant :

quelque chose semble progressivement perdre sa fluidité dans la relation.

Pendant que nous échangeons, Pierre est présent dans la pièce.

Je l’observe discrètement.

Il me frappe rapidement par sa vivacité. Son regard capte beaucoup d’informations. Il semble rapide dans sa pensée, intuitif, presque en avance sur certains mouvements de la conversation. Son énergie circule vite.

À côté de cela, sa mère possède un rythme très différent.

Elle prend davantage son temps pour élaborer ses idées. Son fonctionnement paraît plus posé, plus lent, plus construit.

Et peu à peu une hypothèse me traverse.

Pas une certitude.

Une intuition.

Je me demande alors si une partie de la difficulté ne se situe pas exactement là :

dans la relation entre deux personnes qui s’aiment profondément…

mais qui n’habitent pas le même rythme.

Avec le temps, j’ai parfois observé que certaines tensions entre parents et enfants ne viennent pas toujours d’un manque de cadre ou d’autorité.

Je me demande si elles apparaissent parfois lorsque l’enfant se retrouve progressivement confronté à une difficulté plus discrète :

comment rester soi…

sans perdre le lien ?

Comment continuer à exister à son propre rythme…

quand la relation semble demander autre chose ?

Je me suis demandé ce jour-là si Pierre ne faisait pas depuis longtemps un effort silencieux :

ralentir,

attendre,

s’ajuster,

se synchroniser.

Et je me demande aujourd’hui si certains enfants très vifs ne deviennent pas parfois extrêmement compétents pour cela :

-s’adapter.

-Attendre.

-Patienter.

-Contenir.

Jusqu’au moment où quelque chose finit par déborder ailleurs.

Parfois à l’école.

Parfois dans la fratrie.

Parfois dans le corps.

Parfois dans l’agressivité.

Une idée très simple me vient alors.

Je prends une balle que j’ai souvent gardée dans mon cabinet.

Je propose de continuer notre échange… tout en nous passant librement la balle.

Sans règle particulière. Sans objectif.

La mère.

Pierre.

Et moi.

La balle circule.

Au départ, rien d’extraordinaire.

Puis progressivement : quelque chose change.

Le corps de Pierre semble ralentir.

L’agitation diminue.

Son attention devient différente.

Comme si cette balle créait silencieusement un lien…

sans exiger une synchronisation complète.

Je lui dis alors quelque chose qui ressemblait à cela :

Tu peux être avec nous…

sans devoir fonctionner exactement comme nous.

Tu peux rester relié…

sans avancer au même rythme.

Tu peux être toi…

et le lien continue d’exister.

Aujourd’hui encore, je me demande si ce moment n’a pas été important pour lui.

Pas parce qu’il aurait compris intellectuellement.

Je ne crois pas que les enfants transforment toujours les choses ainsi.

Je me demande parfois si certains changements apparaissent lorsque le corps découvre enfin une expérience nouvelle.

Une expérience comme :

Je peux être différent…

sans perdre la relation.

La balle semblait proposer cela.

Un lien.

Mais un lien respirable.

Un lien suffisamment souple pour laisser chacun exister autrement.

Nous continuons ainsi quelques minutes.

Puis nous terminons la séance.

Rien de spectaculaire.

Aucune grande interprétation.

Une semaine plus tard, sa mère me rappelle.

Sa voix est étonnée.

Elle me dit à peu près :

« Je ne comprends pas. Il a changé.L’école me dit qu’il est beaucoup plus calme. Il ne se comporte plus du tout pareil avec les autres enfants. »

Je repense souvent à cette situation.

Parce qu’elle m’interroge encore.

Je ne crois pas que Pierre soit devenu plus calme uniquement parce qu’il avait compris quelque chose.

Je me demande aujourd’hui si ce qui avait changé était peut-être plus profond :

la possibilité nouvelle d’exister…

sans devoir autant se suradapter.

Et parfois,

je crois que certaines tensions chez l’enfant naissent moins d’un manque de cadre, que d’une difficulté progressive à habiter la relation sans renoncer à son propre rythme.

Je me demande aujourd’hui si beaucoup d’agressivités ne ressemblent pas parfois :

à des endroits où quelque chose cherche maladroitement à retrouver davantage de liberté.

Parce qu’au fond,

un enfant qui découvre progressivement :

Je peux être différent…

Je peux aller plus vite…

Je peux ralentir…

Je peux être moi…

Et le lien tient encore.

…découvre peut-être autre chose qu’une sécurité.

Il découvre parfois :

une liberté relationnelle.

Et je me demande aujourd’hui si certaines relations profondément sécurisantes ne sont pas celles qui demandent le moins de conformité…

mais celles qui permettent progressivement à chacun :

de rester lui-même,

tout en continuant d’être relié.

Peut-être alors,

qu’un ajustement vivant commence parfois ici :

lorsqu’un enfant n’a plus autant besoin de choisir

entre être lui…
ou préserver la relation.

Et si certaines tensions parlaient parfois moins d’un manque de cadre… que d’une difficulté à rester soi dans la relation ?

Il y a quelques années, une mère vient me consulter pour son fils Pierre, âgé d’environ neuf ans. L’école commence à s’inquiéter. La maîtresse décrit un enfant devenu plus agressif avec ses camarades, parfois violent dans la cour de récréation, plus impulsif qu’auparavant, comme si quelque chose s’était progressivement déplacé dans sa manière d’être avec les autres.

Sa mère est désemparée.

Comme beaucoup de parents que je rencontre, elle aime profondément son enfant. Cela se voit immédiatement. Elle cherche à comprendre, prend le temps de réfléchir avant de répondre, mesure ses mots, essaie sincèrement de bien faire. Il n’y a ni désengagement, ni indifférence, ni manque d’amour.

Et pourtant :

quelque chose semble progressivement perdre sa fluidité dans la relation.

Pendant que nous échangeons, Pierre est présent dans la pièce.

Je l’observe discrètement.

Il me frappe rapidement par sa vivacité. Son regard capte beaucoup d’informations. Il semble rapide dans sa pensée, intuitif, presque en avance sur certains mouvements de la conversation. Son énergie circule vite.

À côté de cela, sa mère possède un rythme très différent.

Elle prend davantage son temps pour élaborer ses idées. Son fonctionnement paraît plus posé, plus lent, plus construit.

Et peu à peu une hypothèse me traverse.

Pas une certitude.

Une intuition.

Je me demande alors si une partie de la difficulté ne se situe pas exactement là :

dans la relation entre deux personnes qui s’aiment profondément…

mais qui n’habitent pas le même rythme.

Avec le temps, j’ai parfois observé que certaines tensions entre parents et enfants ne viennent pas toujours d’un manque de cadre ou d’autorité.

Je me demande si elles apparaissent parfois lorsque l’enfant se retrouve progressivement confronté à une difficulté plus discrète :

comment rester soi…

sans perdre le lien ?

Comment continuer à exister à son propre rythme…

quand la relation semble demander autre chose ?

Je me suis demandé ce jour-là si Pierre ne faisait pas depuis longtemps un effort silencieux :

ralentir,

attendre,

s’ajuster,

se synchroniser.

Et je me demande aujourd’hui si certains enfants très vifs ne deviennent pas parfois extrêmement compétents pour cela :

s’adapter.

Attendre.

Patienter.

Contenir.

Jusqu’au moment où quelque chose finit par déborder ailleurs.

Parfois à l’école.

Parfois dans la fratrie.

Parfois dans le corps.

Parfois dans l’agressivité.

Une idée très simple me vient alors.

Je prends une balle que j’ai souvent gardée dans mon cabinet.

Je propose :

continuer notre échange…

tout en nous passant librement la balle.

Sans règle particulière.

Sans objectif.

La mère.

Pierre.

Moi.

La balle circule.

Au départ, rien d’extraordinaire.

Puis progressivement :

quelque chose change.

Le corps de Pierre semble ralentir.

L’agitation diminue.

Son attention devient différente.

Comme si cette balle créait silencieusement un lien…

sans exiger une synchronisation complète.

Je lui dis alors quelque chose qui ressemblait à cela :

Tu peux être avec nous…

sans devoir fonctionner exactement comme nous.

Tu peux rester relié…

sans avancer au même rythme.

Tu peux être toi…

et le lien continue d’exister.

Aujourd’hui encore, je me demande si ce moment n’a pas été important pour lui.

Pas parce qu’il aurait compris intellectuellement.

Je ne crois pas que les enfants transforment toujours les choses ainsi.

Je me demande parfois si certains changements apparaissent lorsque le corps découvre enfin une expérience nouvelle.

Une expérience comme :

Je peux être différent…

sans perdre la relation.

La balle semblait proposer cela.

Un lien.

Mais un lien respirable.

Un lien suffisamment souple pour laisser chacun exister autrement.

Nous continuons ainsi quelques minutes.

Puis nous terminons la séance.

Rien de spectaculaire.

Aucune grande interprétation.

Une semaine plus tard, sa mère me rappelle.

Sa voix est étonnée.

Elle me dit à peu près :

« Je ne comprends pas.

Il a changé.

L’école me dit qu’il est beaucoup plus calme.

Il ne se comporte plus du tout pareil avec les autres enfants. »

Je repense souvent à cette situation.

Parce qu’elle m’interroge encore.

Je ne crois pas que Pierre soit devenu plus calme uniquement parce qu’il avait compris quelque chose.

Je me demande aujourd’hui si ce qui avait changé était peut-être plus profond :

la possibilité nouvelle d’exister…

sans devoir autant se suradapter.

Et parfois,

je crois que certaines tensions chez l’enfant naissent moins :

d’un manque de cadre,

que d’une difficulté progressive

à habiter la relation

sans renoncer à son propre rythme.

Je me demande aujourd’hui si beaucoup d’agressivités ne ressemblent pas parfois :

à des endroits où quelque chose cherche maladroitement à retrouver davantage de liberté.

Parce qu’au fond,

un enfant qui découvre progressivement :

Je peux être différent…

Je peux aller plus vite…

Je peux ralentir…

Je peux être moi…

Et le lien tient encore.

…découvre peut-être autre chose qu’une sécurité.

Il découvre parfois :

une liberté relationnelle.

Et je me demande aujourd’hui si certaines relations profondément sécurisantes ne sont pas celles qui demandent le moins de conformité…

mais celles qui permettent progressivement à chacun :

de rester lui-même,

tout en continuant d’être relié.

Peut-être alors,

qu’un ajustement vivant commence parfois ici :

lorsqu’un enfant n’a plus autant besoin de choisir

entre être lui…
ou préserver la relation.

Et si la difficulté venait parfois d’un rythme relationnel devenu difficile à habiter ?

Une mère vient me consulter pour son fils Pierre, 9 ans.

L’école s’inquiète.

La maîtresse évoque des tensions fréquentes avec les autres enfants. Parfois de l’agressivité. Parfois de la violence dans la cour de récréation.

Sa mère semble démunie.

Elle aime profondément son fils. Cherche à comprendre. Fait attention.

Et pourtant :

quelque chose semble progressivement lui échapper.

Pendant notre échange, j’observe autre chose.

Pierre est à côté de nous. Je le trouve vif. Très rapide. Intuitif. Il capte beaucoup. Réagit vite.

Pendant que sa mère, elle, prend davantage son temps. Réfléchit longtemps. Construit progressivement ses phrases.

Je me demande alors :

Et si la difficulté n’était pas uniquement comportementale ?

Et si Pierre vivait parfois quelque chose de plus discret :

la difficulté à rester en lien… avec un rythme relationnel très différent du sien ?

Une idée me vient.

Je prends une balle que j’utilise parfois au cabinet.

Je propose simplement de continuer à échanger… tout en nous passant librement la balle.

Pierre. Sa mère. Moi.

Très vite, quelque chose change.

Pierre se détend. Son corps ralentit. L’agitation diminue.

Je lui dis alors quelque chose qui ressemblait à cela :

Tu peux être avec nous…
sans devoir fonctionner au même rythme.

Tu peux rester relié…
sans devoir te suradapter.

Tu peux être toi…
et le lien continue.

La balle semblait créer quelque chose d’étrange :

Un lien.

Sans obligation de synchronisation.

Comme si Pierre découvrait progressivement :

qu’il pouvait exister à son rythme… sans perdre la relation.

Une semaine plus tard, sa mère me rappelle.

Elle est étonnée.

« Il a complètement changé.
Il est beaucoup plus calme.
L’école ne comprend pas ce qu’il s’est passé. »

Je ne crois pas que cette transformation soit venue :

d’une meilleure obéissance.

Ni :

d’une autorité renforcée.

Je me demande aujourd’hui

si Pierre avait peut-être retrouvé autre chose :

la possibilité d’être lui…

tout en restant en lien

Et parfois,

je crois que certaines tensions chez l’enfant naissent moins : d’un manque de cadre, que d’une difficulté progressive à habiter la relation sans devoir renoncer à soi.

Peut-être qu’un ajustement vivant commence aussi ici :

lorsqu’un enfant découvre

qu’il peut rester différent…
sans perdre le lien.

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